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Tiamat et Marduk [1]


Au commencement…


Au commencement était la Mère-Père. Le Ciel déversait ses forces vives sur la Terre, la Terre les absorbait et recrachait le trop-plein, l'eau se répandait et unifiait l'ensemble…

En ce temps-là, la Mère-Père, réceptacle des eaux primordiales androgynes abritait deux principes : Apsu, le principe masculin, l'eau douce et tranquille des rivières, et Tiamat, le principe féminin, l'eau salée et tumultueuse de l'océan.

Lorsque Là-haut le ciel n’était pas encore nommé, Et qu’Ici-bas la terre-ferme n’était pas encore appelée d’un nom, Seul Apsû-le-premier, leur progéniteur Et Mère-Tiamat, leur génitrice à tous, Mélangeaient ensemble leurs eaux. Enūma eliš [2]

Ainsi, depuis des millénaires, dans l'inconscience la plus totale Apsu et Tiamat mélangeaient leurs eaux dans un coït ininterrompu. C’était la fusion, la confusion, l'indifférenciation. Depuis des millénaires, les eaux de Tiamat recevaient celles d'Apsu et les eaux d'Apsu continuaient de se lover dans celles de Tiamat. Béatitude éternelle… Confortable matrice de l'Eden… Les choses auraient pu durer longtemps ainsi, si les dieux n’avaient pas un jour décidé qu’il était temps que l’humanité accède à la conscience.


Un jeune dieu intervient pour bousculer les choses…


De cette union inorganisée naît une descendance turbulente et nombreuse. Finie la tranquillité d'Apsu ! Il est irrité et décide de détruire cette progéniture perturbante. Mais Tiamat, de nature abondante et prolifique, s’y oppose. L'arrière-petit-fils, Ea, jeune dieu de la Sagesse, intervient. Pour empêcher le geste meurtrier de l'aïeul, il tue ce père infanticide et prend sa place, devenant ainsi le Dieu des eaux. Mais la mort de son époux provoque la fureur de Tiamat.


La guerre cosmique


Sous le poids du chagrin, la Mère bienveillante de nature généreuse, se transforme en une terrible créature dragonnienne hermaphrodite. Elle se met à cracher des monstres effrayants, des serpents terrifiants, des démons furieux et des léviathans féroces. Elle place Kingu à la tête de son armée infernale. Il est l'un de ses fils premiers-nés et elle en a fait son époux. Nul n'a plus aucune maîtrise sur le terrible océan qui contient les eaux primordiales. Tiamat y règne en Maîtresse, étendant son corps monstrueux sur le monde. Sa loi est implacable.




Marduk, l’organisateur du monde


Mais Marduk, le Sage des Dieux, fils d'Ea, décide qu'il est temps d’organiser le monde. Seul, il affronte l'armée de la Mère-Chaos et se dresse contre Tiamat. Au moment où elle ouvre grand sa bouche pour engloutir Marduk, il lui souffle le vent pour l'empêcher de refermer les lèvres. Son corps gonfle, se dilate puis éclate. D'une moitié de son corps, Marduk fait la voûte céleste et de l'autre la Terre. En son ventre, il plaçe le zénith. Sur sa tête, il accumule une montagne. Dans ses yeux, il ouvre l'Euphrate et le Tigre. Sur ses seins, il dresse des collines opulentes. D'une boucle de sa queue, il crée le lien entre le Ciel et la Terre. Il parachève son œuvre en déployant un filet qui sépare le Ciel de la Terre…



Epilogue


De l'indifférenciation était née la fragmentation. De la fragmentation était née l'ordonnance de monde[1]. De l'inconscience était née la conscience. De la fusion dans la Mère était né l'être humain en voie d'individuation.


[1] Mythe de création Babylonien


[2] Enūma eliš (aussi orthographié Enuma Elish) ou Épopée de la Création, est l'épopée babylonienne de la création du monde. Signifiant littéralement Lorsqu'en haut en akkadien, selon ses premiers mots (incipit), il célèbre, à travers sept tablettes, la gloire du dieu Mardouk et raconte son ascension vers la souveraineté du panthéon babylonien. L'épopée décrit les origines du cosmos, le combat des premiers dieux contre les forces du chaos et l'élévation de Mardouk, dieu tutélaire de Babylone, au-dessus des autres divinités mésopotamiennes ainsi que la création du monde et de l'homme.

[3]Le geste de création est avant tout un geste de séparation : "Dieu sépara la lumière des Ténèbres… Il sépara les eaux d'en haut des eaux d'en bas… (Genèse 1).

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