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Paroles d’Yggdrasil

Dernière mise à jour : 16 août 2023


Cher Odin, Mon époux, mon père, mon enfant, mon frère, Petit-fils de Buri, le premier Dieu que j’ai créé !

Je suis la Grande Mère à l’origine de toutes choses.

Yggdrasil, mon Arbre-Monde, abrite ta demeure.


Partout, on te vénère. On loue ta puissance divine, ta sagesse bienveillante,

Ton intelligence immanente, ton inspiration de poète,

Ton excellence précise, ton courage de guerrier, ta magie de sorcier. On t’appelle "le Père de Tous", et toi... tu crois tirer les fils de l’invisible !


Mais n'oublie pas, Odin, que c’est à travers Moi

Que les Nornes gravent en Runes les forces qui créent les destinées ? Que connais-tu de mes Mystères ? Serais-tu seulement capable de me sacrifier ce que tu es devenu ?

Au défi que je lui lance, Odin ne dit mot. Il demande aux Dieux de l’attacher par un pied à Ma plus haute branche. Le voilà maintenant en suspension,

Opérant ce retournement qui modifie l'angle de vision.

Merci à Turgis de Normandie

Puis, il brandit sa lance flamboyante,

Et, dans un geste désormais inscrit dans la mémoire universelle, il se transperce le flanc. Feu d’En Haut qui libère le Feu d’En Bas. Ouverture essentielle d’où s’écoule l’Essence du Ciel.

Retrouvant l’inscription en moi-même de ma béance originelle, Je me fais vase pour recueillir le sang d’Odin. Il infuse mes racines, rejoint la Fontaine de Mímir, se distille dans mon tronc

Et rejaillit en larmes d'or dans mes bourgeons.

Cher Odin, désormais ta souffrance et ta solitude sont Miennes.

Elles sont devenues Ma douleur. Durant neuf jours et neuf nuits… Ou peut-être neuf mois (je ne sais plus), Je te berce dans mon aura et t'enveloppe dans mes robes d'Amour.

Et puis un jour… arrivent les vents !

Ils soufflent puissamment dans ma ramure de Frêne.

Je m’agite frénétiquement. Mes racines gémissent.

Mon arbre se tord dans la tempête..


C'est alors que... Lors d'une ultime contraction de mon tronc,

Tu t'abandonnes enfin, ballotté au bout de la corde qui te rattache à moi. C’est ce moment que je choisis, Odin,

Pour marquer ton corps du sceau de l’indicible.

A travers la palpitation vibrante de mes feuilles émues, Je te communique mes secrets les plus éternels. Tu es devenu Moi, Nos points comme Un réunis, pour la nuit des temps.

Je sais que je fus pendu, suspendu à l’arbre tordu par le vent, neuf nuits entières, blessé par une lance, consacré à Ódhinn, moi-même offert à moi-même, sur cet arbre dont nul humain ne sait sur quelles racines il s’appuie (Havamal, strophe 138)

Tu ouvres alors les yeux et,

Sur la terre "d’Ases île" qui t’accueille, Tu vois jaillir les Runes du sol, comme une semence du Ciel qui lève. Tu les ramasses et te voilà délivré,

Initié à la Connaissance suprême,

Dépositaire du langage secret de l’Autre Monde, Du Verbe portant le Fruit de Vie.

Par toi, désormais s’écoulera la Source.

Va, mon fils !

Je devins alors créatif et savant, Et je grandis et  devins prospère, Mes mots se préparaient depuis un mot Jusqu’à un (autre) mot, Mon action se préparait depuis une action Jusqu’à une (autre) action. (Havamal, strophe 141)
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