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  • Dialogue du Serpent et de l’Oiseau

    Un serpent se dorait au soleil près de l’anfractuosité du rocher où il nichait. Sur le rocher, un Oiseau lissait ses plumes dorées. – Oh, dit le Serpent à l’Oiseau, s’il te plait, prête moi l’une de tes plumes pour écrire un mot ! – Que veux-tu donc écrire, répond l’Oiseau ? – Un mot qui me fait rêver : « voler » ! Voler au-dessus des nuages, voler par delà les plus hautes montagnes pour voir ce qu’il y a derrière, sentir le souffle du vent sur mes écailles, entendre siffler tous les oiseaux du ciel, sentir s’écouler dans mon gosier les gouttelettes d’eau absorbées en plein vol, brûler au feu du soleil qui a doré tes plumes… – « Voler », c’est juste un mot, dit l’Oiseau. Ma plume ne te permettra pas de voler ! – Il me suffit de l’imaginer répond le Serpent. Je prendrai ta plume dans ma bouche et j'écrirai laborieusement mon mot dans la poussière du sol. Je créerai l’image et, en un retournement, l’en-dedans deviendra l’en-dehors. « Serpent » sera « penser » et « image », « magie ». Je passerai de l’autre côté du miroir, je deviendrai un Serpent à Plumes et je libèrerai l’Oeuf du Monde (1)… – D’accord, dit l’Oiseau. Voici l’une de mes plus belles plumes pour écrire ton mot… En échange, peux-tu me fournir l’une de tes écailles pour creuser la terre ? Mon bec n’est pas assez puissant. – Pourquoi veux-tu creuser la terre demande le Serpent ? – Je veux savoir ce que l’ombre recèle, retrouver les ossements des Anciens et respirer leur Sagesse, connaître le goût des vers des profondeurs. Je veux ressentir le poids de la terre sur mes plumes légères. Je veux percevoir le grondement grouillant de la vie du monde d’en bas. Je veux vibrer au feu intérieur de la Terre… – Comment pourrais-tu avoir une telle expérience avec ma seule écaille, petit oiseau fragile ? – Il me suffira de l’imaginer, répond l’Oiseau. Je tiendrai ton écaille en mon bec et fournirai l’effort nécessaire pour creuser. Je créerai l’image et, en un retournement, l’en-dehors deviendra l’en-dedans. Le S du du mot “oiSeau” deviendra "S-en-Ciel" et se fera serpent. Je visiterai l’intérieur de la terre et ferai les transformations nécessaires pour trouver la pierre cachée (2). Je passerai de l’autre côté du miroir et deviendrai un Oiseau à Écailles ! Patricia (1) Allusion au Quetzlcoatl, divinité aztèque formée d’un oiseau (quetzal) et d’un serpent (coatl), symbolisant l’union du Ciel et de la Terre. Dans certaines traditions, l’Oeuf du Monde, symbolisant le Verbe, sort de sa bouche… (2) Allusion à la célèbre formule des alchimistes qui condense leur doctrine: “Visita Interiorem Terrae Rectificando Invenies Operae Lapidem” (V.I.T.R.I.O.L.), soit, “explore l’intérieur de la terre. En rectifiant, tu découvriras la pierre cachée”. Clin d’Œil à Jacques Prévert : Pour faire le portrait d’un oiseau Peindre d’abord une cage avec une porte ouverte peindre ensuite quelque chose de joli quelque chose de simple quelque chose de beau quelque chose d’utile pour l’oiseau placer ensuite la toile contre un arbre dans un jardin dans un bois ou dans une forêt se cacher derrière l’arbre sans rien dire sans bouger… Parfois l’oiseau arrive vite mais il peut aussi mettre de longues années avant de se décider Ne pas se décourager attendre attendre s’il le faut pendant des années la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau n’ayant aucun rapport avec la réussite du tableau Quand l’oiseau arrive s’il arrive observer le plus profond silence attendre que l’oiseau entre dans la cage et quand il est entré fermer doucement la porte avec le pinceau puis effacer un à un tous les barreaux en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau Faire ensuite le portrait de l’arbre en choisissant la plus belle de ses branches pour l’oiseau peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent la poussière du soleil et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter Si l’oiseau ne chante pas C’est mauvais signe signe que le tableau est mauvais mais s’il chante c’est bon signe signe que vous pouvez signer Alors vous arrachez tout doucment une des plumes de l’oiseau et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

  • Paroles d’Yggdrasil

    Merci à Turgis de Normandie Cher Odin, Mon époux, mon père, mon enfant, mon frère, Petit-fils de Buri, le premier Dieu que j’ai créé ! Je suis la Grande Mère à l’origine de toutes choses. Yggdrasil, mon Arbre-Monde, abrite ta demeure. Partout, on te vénère. On loue ta puissance divine, ta sagesse bienveillante, Ton intelligence immanente, ton inspiration de poète, Ton excellence précise, ton courage de guerrier, ta magie de sorcier. On t’appelle "le Père de Tous", et toi... tu crois tirer les fils de l’invisible ! Mais n'oublie pas, Odin, que c’est à travers Moi Que les Nornes gravent en Runes les forces qui créent les destinées ? Que connais-tu de mes Mystères ? Serais-tu seulement capable de me sacrifier ce que tu es devenu ? " Au défi que je lui lance, Odin ne dit mot. Il demande aux Dieux de l’attacher par un pied à Ma plus haute branche. Le voilà maintenant en suspension, Opérant ce retournement qui modifie l'angle de vision. Puis, il brandit sa lance flamboyante, Et, dans un geste désormais inscrit dans la mémoire universelle, il se transperce le flanc. Feu d’En Haut qui libère le Feu d’En Bas. Ouverture essentielle d’où s’écoule l’Essence du Ciel. Retrouvant l’inscription en moi-même de ma béance originelle, Je me fais vase pour recueillir le sang d’Odin. Il infuse mes racines, rejoint la Fontaine de Mímir, se distille dans mon tronc Et rejaillit en larmes d'or dans mes bourgeons. Cher Odin, désormais ta souffrance et ta solitude sont Miennes. Elles sont devenues Ma douleur. Durant neuf jours et neuf nuits… Ou peut-être neuf mois - je ne sais plus - Je te berce dans mon aura et t'enveloppe dans mes robes d'Amour. Et puis un jour… arrivent les vents ! Ils soufflent puissamment dans ma ramure de Frêne. Je m’agite frénétiquement. Mes racines gémissent. Mon arbre se tord dans la tempête.. C'est alors que... Lors d'une ultime contraction de mon tronc, Tu t'abandonnes enfin, ballotté au bout de la corde qui te rattache à moi. C’est ce moment que je choisis, Odin, Pour marquer ton corps du sceau de l’indicible. A travers la palpitation vibrante de mes feuilles émues, Je te communique mes secrets les plus éternels. Tu es devenu Moi, Nos points comme Un réunis, pour la nuit des temps. Je sais que je fus pendu, suspendu à l’arbre tordu par le vent, neuf nuits entières, blessé par une lance, consacré à Ódhinn, moi-même offert à moi-même, sur cet arbre dont nul humain ne sait sur quelles racines il s’appuie (Havamal, strophe 138) Tu ouvres alors les yeux et, Sur la terre d’Ases île qui t’accueille, Tu vois jaillir les Runes du sol, comme une semence du Ciel qui lève. Tu les ramasses et te voilà délivré, Initié à la Connaissance suprême, Dépositaire du langage secret de l’Autre Monde, Du Verbe portant le Fruit de Vie. Par toi, désormais s’écoulera la Source. Va, mon fils ! Je devins alors créatif et savant, Et je grandis et devins prospère, Mes mots se préparaient depuis un mot Jusqu’à un (autre) mot, Mon action se préparait depuis une action Jusqu’à une (autre) action. (Havamal, strophe 141) Patricia

  • Psychologie biodynamique et Massage Biodynamique

    Gerda Boyesen et la Psychologie Biodynamique Dès les années 1950, Gerda Boyesen, psychologue norvégienne et physiothérapeute, pose les premières pierres de la Psychologie Biodynamique. Respectant la démarche freudienne et le travail verbal, elle est consciente de la nécessité de résoudre les conflits anciens rattachés au passé. Parallèlement, elle "réinvente" la végétothérapie de Reich sans la connaître en élargissant la libre association psychanalytique aux émotions et aux sensations corporelles. Enfin, elle rejoint Jung, remarquant que le rétablissement de la circulation énergétique ouvrait naturellement la porte d'un développement spirituel. Gerda Boyesen développe aussi le Massage Biodynamique qu'elle considère comme étant une véritable thérapie par le corps. Il permet de dissoudre les conflits intérieurs inscrits dans les tissus sous la forme de résidus métaboliques et de les envoyer aux intestins pour être digérés. Le processus est contrôlable en direct par l'écoute du psychopéristaltisme (voir § suivants), décharge énergétique naturelle auto-régulatrice. La décharge énergétique auto-régulatrice Gerda Boyesen précise cette la notion de décharge énergétique. Contrairement à ce qu'en a donné à penser Wilhem Reich, l'orgasme n'est pas la seule manière de libérer les tensions. Pour elle, il existe plusieurs voies. Elle en décrit quatre : Deux voies ascendantes une voie forte : la réaction émotionnelle utilisée dans certaines thérapies, une voie douce : la parole qui constitue l'essentiel du processus thérapeutique en psychanalyse, Deux voies descendantes une voie forte : les réactions végétatives comme la diarrhée ou les vomissements, une voie douce : le psychopéristaltisme (voir § suivant) du système parasympathique qu'elle découvre être un mécanisme d'auto-régulation naturel permettant la digestion des émotions. Il est intéressant de privilégier, autant que possible, cette dernière voie... Le psychopéristaltisme : une décharge énergétique douce Cette dernière voie est sa grande découverte. Elle y est venue en remarquant - tout comme le dit la médecine chinoise - que chacun de nos organes possède deux fonctions, l'une physiologique et l'autre émotionnelle. Ainsi en est-il du coeur (pompe du système circulatoire et organe de la faculté d'aimer). Quant à l'intestin, que l'on décrit aujourd'hui comme "un deuxième cerveau", elle définit ainsi ses deux fonctions : Fonction physiologique : le péristaltisme est l'activité de l'intestin permettant de digérer le bol alimentaire Fonction émotionnelle : le psychopéristaltisme est cette autre activité parallèle qui permet de digérer les résidus métaboliques des conflits émotionnels (adrénaline, etc.) Puis, s'intéressant plus particulièrement à ce psychopéristaltisme, elle comprend qu'il est un moyen d'auto-régulation naturel des conflits émotionnels et que son l'état reflète la circulation énergétique dans le corps. Quand le stress est trop important, cette fonction est saturée, la libre circulation énergétique entravée et les conflits refoulés. C'est là que le Massage Biodynamique intervient. Entre Psyché et Soma, le Massage Biodynamique Agissant sur le système neurovégétatif, le Massage Biodynamique stimule le psychopéristaltisme, ce qui permet la digestion des émotions. Dans "Entre psyché et soma" Gerda Boyesen note qu'"on peut toucher de la voix où de la main, le massage n'est jamais qu'un message. Mais dans ce jeu entre le dehors et le dedans, le dedans ne répond que s'il est en phase avec le dehors. Du niveau et du lieu du toucher dépend le déclenchement du processus biodynamique. Le Massage Biodynamique constitue l'outil principal de la Psychologie Biodynamique. Il préconise l'usage du stéthoscope posé sur le ventre du patient afin de suivre avec plus de précision les sons péristaltiques, témoins de la digestion des émotions encapsulées sous forme de blocages, et afin de mieux guider le travail corporel d'après ces sons. Patricia Voir la suite : Mon approche psycho-corporelle

  • Le génosociogramme : cartographier l'histoire familiale

    Lire l'arbre derrière la forêt Nous savons souvent peu de choses de notre histoire familiale. Quelques souvenirs, quelques anecdotes transmises au fil des repas ou des réunions de famille, parfois des photographies ou des documents anciens. Pourtant, derrière ces fragments de mémoire se cache souvent une histoire plus vaste, faite de liens visibles et invisibles, de répétitions, de secrets, de ruptures et de transmissions. Le génosociogramme est l'un des principaux outils de la psychogénéalogie. Il permet de représenter graphiquement plusieurs générations d'une même famille afin de mettre en évidence les événements marquants qui continuent parfois d'influencer la vie des descendants. Qu'est-ce qu'un génosociogramme ? Le génosociogramme ressemble à un arbre généalogique, mais il va bien au-delà. Outre les dates de naissance, de mariage ou de décès, il rassemble également les événements importants de l'histoire familiale : migrations, faillites, maladies, décès prématurés, séparations, secrets, conflits, accidents ou changements de statut social. Peu à peu se dessine une véritable cartographie de la mémoire familiale. Cette représentation permet d'observer la famille non plus comme une succession d'individus isolés, mais comme un système vivant dont les différentes générations restent reliées entre elles. Les répétitions qui interrogent L'élaboration d'un génosociogramme révèle parfois des correspondances étonnantes. On découvre des prénoms qui reviennent régulièrement, des événements qui surviennent à des âges similaires, des choix professionnels répétés ou encore des dates qui semblent se répondre d'une génération à l'autre. Certaines personnes ont le sentiment d'être confrontées aux mêmes difficultés que leurs parents ou leurs grands-parents. D'autres réalisent qu'elles portent inconsciemment un projet ou un destin interrompu dans leur lignée. Ces répétitions ne prouvent pas l'existence d'un déterminisme absolu. Elles constituent plutôt des indices invitant à une réflexion plus approfondie sur les transmissions familiales. Les zones d'ombre de l'arbre Le génosociogramme met également en évidence ce qui manque. Une date inconnue, un membre de la famille dont on ne parle jamais, une rupture inexpliquée ou un silence persistant peuvent parfois révéler l'existence d'un événement douloureux resté sans élaboration. La psychogénéalogie s'intéresse particulièrement à ces zones d'ombre, non pour satisfaire une curiosité généalogique, mais parce qu'elles peuvent continuer à exercer une influence inconsciente sur les générations suivantes. Les secrets de famille, les deuils impossibles ou certaines blessures collectives laissent parfois des traces qui se transmettent bien au-delà de ceux qui les ont vécus. Un arbre vivant J'aime comparer le génosociogramme à la carte d'un territoire intérieur. Il ne s'agit pas seulement de retrouver des ancêtres ou d'accumuler des informations. Il s'agit de comprendre le terreau dans lequel notre propre histoire a pris racine. Comme un arbre révèle l'état de ses racines à travers ses branches, notre vie actuelle peut parfois porter l'empreinte d'événements anciens dont nous ignorons tout. Le génosociogramme nous aide alors à relier les différentes parties de l'histoire familiale afin de mieux comprendre notre place dans la lignée. À quoi sert ce travail ? L'objectif n'est pas de rester tourné vers le passé, mais d'éclairer le présent. En prenant conscience des transmissions familiales, nous pouvons distinguer ce qui nous appartient véritablement de ce qui relève d'une mémoire héritée. Le génosociogramme devient ainsi un outil de connaissance de soi. Il permet de mettre en lumière certaines fidélités invisibles et d'ouvrir un espace de liberté où chacun peut choisir ce qu'il souhaite transmettre à son tour. Pour aller plus loin Consulter toute la série d'articles : Qu'est-ce que la psychogénéalogie ? Le génosociogramme : cartographier l'histoire familiale Les fantômes familiaux et les secrets de famille Jung et l'héritage psychique des ancêtres Psychogénéalogie et chamanisme

  • Psychogénéalogie et chamanisme

    Les ancêtres ne sont jamais totalement absents Bien avant l'apparition de la psychologie moderne, les êtres humains se considéraient déjà comme reliés à leurs ancêtres. Dans de nombreuses civilisations, les morts n'étaient pas perçus comme définitivement séparés des vivants. Ils demeuraient présents dans la mémoire collective, dans les rituels, les mythes et parfois même dans la destinée des générations futures. Aujourd'hui encore, beaucoup de personnes éprouvent le sentiment d'être influencées par une histoire qui les dépasse. Comme si certaines joies, certaines blessures ou certaines aspirations trouvaient leurs racines dans un passé plus ancien que leur propre existence. La psychogénéalogie offre une lecture psychologique de ces transmissions. Les traditions ancestrales en proposent souvent une lecture symbolique ou spirituelle. Le culte des ancêtres à travers le monde De la Chine à l'Afrique, des peuples celtes aux civilisations méditerranéennes, les ancêtres ont longtemps occupé une place centrale dans la vie des communautés. Ils étaient considérés comme des protecteurs, des guides ou des intermédiaires entre les vivants et le monde invisible. Des rites étaient accomplis pour honorer leur mémoire, maintenir le lien avec eux et assurer l'équilibre entre les générations. Au-delà des différences culturelles, ces pratiques expriment une même intuition : nous appartenons à une lignée et notre existence s'inscrit dans une continuité qui nous dépasse. L'arbre des générations L'image de l'arbre apparaît dans de nombreuses traditions. Ses racines plongent dans le passé, son tronc relie les générations et ses branches s'ouvrent vers l'avenir. Cette symbolique rejoint étonnamment celle de la psychogénéalogie. Comme un arbre dépend de la qualité de ses racines, chaque être humain reçoit l'influence de ceux qui l'ont précédé. Mais il ne se réduit pas à cet héritage. Il est aussi appelé à produire ses propres fruits. L'arbre généalogique devient ainsi une image vivante de la transmission et de la transformation. La maladie des ancêtres et la mémoire familiale Certaines traditions considéraient que les difficultés rencontrées par une personne pouvaient parfois provenir d'un déséquilibre dans la relation aux ancêtres. Sans reprendre ces croyances au pied de la lettre, la psychogénéalogie rejoint cette intuition lorsqu'elle met en évidence l'influence de traumatismes, de deuils ou de secrets transmis à travers plusieurs générations. Didier Dumas parlait ainsi de « maladie des ancêtres » pour désigner ces souffrances héritées qui cherchent à être reconnues. L'objectif n'est pas de vivre tourné vers le passé, mais de permettre à ce qui était resté dans l'ombre de retrouver une place dans la conscience. Les ancêtres comme ressources Lorsque l'on parle de transmission familiale, l'attention se porte souvent sur les blessures. Pourtant, nous héritons également de ressources précieuses : talents, qualités, savoir-faire, courage, créativité, capacité de résilience ou sens de la solidarité. Explorer sa lignée ne consiste pas seulement à identifier les difficultés transmises. C'est aussi découvrir les forces qui nous habitent déjà. Nos ancêtres nous lèguent autant leurs richesses que leurs blessures. Honorer sans répéter L'une des grandes leçons de la psychogénéalogie est qu'il est possible d'honorer ses ancêtres sans reproduire leur histoire. Nous ne pouvons changer le passé. Mais nous pouvons modifier la relation que nous entretenons avec lui. Reconnaître ce qui nous a été transmis permet de transformer certaines fidélités inconscientes en choix conscients. C'est ainsi que la transmission cesse d'être une répétition pour devenir une création. Une place dans la chaîne des générations Nous sommes tous à la fois héritiers et transmetteurs. Nous recevons une histoire qui a commencé bien avant nous, puis nous la transformons à travers nos choix, nos prises de conscience et notre manière de vivre. La véritable question n'est peut-être pas seulement : « Que m'ont transmis mes ancêtres ? » Mais aussi : « Que vais-je transmettre à mon tour ? » Car la guérison d'une lignée commence souvent lorsqu'une personne accepte de devenir pleinement elle-même. Comme l'arbre puise sa force dans la profondeur de ses racines pour s'élever vers la lumière, nous pouvons accueillir notre héritage afin de devenir davantage nous-mêmes. Pour aller plus loin Consulter toute la série d'articles : Qu'est-ce que la psychogénéalogie ? Le génosociogramme : cartographier l'histoire familiale Les fantômes familiaux et les secrets de famille Jung et l'héritage psychique des ancêtres Psychogénéalogie et chamanisme

  • Jung et le transgénérationnel

    Une intuition bien avant la psychogénéalogie Bien avant l'apparition de la psychogénéalogie, Carl Gustav Jung observait déjà que certaines difficultés humaines semblaient dépasser le cadre de l'histoire personnelle. Dans sa pratique clinique, il rencontrait des patients confrontés à des peurs, des conflits ou des aspirations qui ne pouvaient être expliqués uniquement par leur vécu individuel. Peu à peu, il en vint à l'idée que chaque être humain s'inscrit dans une histoire plus vaste que lui-même, héritant non seulement d'une famille, mais aussi d'un patrimoine psychique collectif. Les questions laissées sans réponse Jung écrivait : "Ce qui n'est pas porté à la conscience revient sous forme de destin". Cette phrase célèbre trouve un écho particulier dans les travaux transgénérationnels. Certaines expériences non élaborées, certains conflits ou certaines blessures semblent parfois se transmettre d'une génération à l'autre. Elles continuent d'agir tant qu'elles n'ont pas été reconnues ou intégrées. Jung remarquait également que les enfants portent souvent inconsciemment les questions laissées ouvertes par leurs parents ou leurs grands-parents. Comme si la vie cherchait naturellement à poursuivre ce qui était resté inachevé. L'inconscient familial et l'inconscient collectif La psychogénéalogie s'intéresse principalement à l'histoire familiale. Jung, quant à lui, élargit encore la perspective. Selon lui, nous participons à un inconscient collectif partagé par l'ensemble de l'humanité. Celui-ci contient des formes universelles qu'il appelle les archétypes : le Héros, la Mère, le Sage, l'Ombre, l'Enfant divin, la Grande Déesse et bien d'autres encore. Ces figures apparaissent dans les rêves, les mythes, les contes et les traditions du monde entier. Ainsi, lorsque nous explorons notre histoire familiale, nous rencontrons parfois à la fois des mémoires personnelles et des dynamiques beaucoup plus universelles. Le processus d'individuation Pour Jung, le véritable travail intérieur ne consiste pas à se libérer de son passé, mais à devenir progressivement soi-même. Il nomme ce cheminement le processus d'individuation. L'individuation invite à reconnaître les influences familiales, sociales et culturelles qui nous ont façonnés, tout en développant une relation plus consciente avec notre être profond. Dans cette perspective, l'héritage familial n'est pas un obstacle à dépasser, mais une matière à transformer. Nous ne choisissons pas nos racines, mais nous pouvons choisir ce que nous en faisons. Les rêves comme passeurs Les rêves occupent une place centrale dans l'œuvre de Jung. Ils constituent un langage symbolique par lequel l'inconscient cherche à rétablir un équilibre et à orienter la personne vers son développement intérieur. Il arrive que certaines figures familiales apparaissent dans les rêves. Mais au-delà des personnages eux-mêmes, ce sont souvent les symboles qui méritent notre attention. À travers eux, l'inconscient révèle les forces en présence, les conflits à résoudre et les potentiels encore inexplorés. Le rêve devient alors un pont entre l'histoire héritée et l'avenir qui cherche à naître. Hériter sans répéter L'une des grandes contributions de Jung est d'avoir montré que l'être humain n'est pas condamné à reproduire son histoire. Ce qui est transmis peut être transformé. Ce qui est hérité peut devenir source de conscience. L'enjeu n'est pas de rompre avec ses ancêtres ni de s'en affranchir totalement, mais de reconnaître leur présence intérieure afin de poursuivre sa propre trajectoire avec davantage de liberté. Comme l'arbre reçoit la sève de ses racines pour produire des fruits nouveaux, chacun est appelé à transformer l'héritage reçu en une expression unique de lui-même. Pour aller plus loin Consulter toute la série d'articles : Qu'est-ce que la psychogénéalogie ? Le génosociogramme : cartographier l'histoire familiale Les fantômes familiaux et les secrets de famille Jung et l'héritage psychique des ancêtres Psychogénéalogie et chamanisme

  • La danse des 7 voiles

    Quand l’âme perçoit l’appel Elle ouvre grand ses ailes. Sept sphères à traverser Pour un parcours complet ! Sept robes à enfiler Du subtil à l’épais ! Tandis qu’elle s’élance Dans les plans de substance, Les chargeant de conscience, Déclinant sept fréquences, Sept couleurs et sept sons, Sept jours et sept rayons, Elle joue une musique Au contenant physique. Elle œuvre en résonance Avec les sept chakras. Elle entre dans la danse Des vibrations d’en bas Et confie son étoile A l’envol des sept voiles. Patricia Peinture de Patricia

  • La Grande Tisseuse

    Je suis la Grande Tisseuse, L’Art’tisse du Destin, Celle dont l’Art de la Lisse (1) a pour dessein de guider la main des Trois Parques, des Moires ou bien des Nornes. J’invite aujourd’hui votre conscience à pénétrer mon art. J’applique quelques règles d’usage : D’abord, tendre le Fil entre l’ensouple du Ciel (2) et l’ensouple de la Terre : Il est la chaîne (3) qui soutiendra l’ouvrage. Utiliser la baguette magique comme une navette cosmique. Tirer les fils de trame (3) où court le va et vient des incarnations humaines. Glisser aussi quelques Lys entrelacés… entrelissés, royale fleur garante de la pureté du geste. Devenir Alys, l’Art’tisse de la Vie au Pays des Merveilles. Et tisse et lisse la navette, Et court et glisse sur le vivant tissu qui infiniment défile. Laisse se dessiner les singuliers motifs aux formes différentes selon la tâche impartie à chacun, Selon aussi la trace laissée en traversant l'Ether, le Feu, l’Air, l’Eau et la Terre, aller et retour. Voilà donc où s’inscrit le Destin ! Ne croyez pas pourtant qu’il soit prédéfini et immuable ! Les humains sont libres s’ils respectent les Lois. Acteurs de leur vie mais inscrivant leur forme sur le tissu divin. Responsables des conséquences si, en fabriquant des tissus de mensonges, ils génèrent une erreur dans le motif. Quelqu’un a-t-il aujourd’hui a suffisamment d’étoffe pour me dire de quel tissu il est issu ? A-t-il cherché le germe dont vient le premier Fil ? Pourrait-il répéter sur Terre, à son humble manière, le geste créateur ? Je veux bien en donner la recette. Libre à chacun de l'écouter comme une chansonnette Ou bien de percevoir ce qu’elle reflète, et puis de s’y soumettre : Qu’on commence par planter Dans une terre fertile La graine d’Unité Qui donnera le Fil. Qu’on laisse la plante pousser Jusqu’à maturité Puis, qu’on l’arrache et qu’on la décompose Pour extraire les Principes de toutes choses. Elle devra passer par différentes opérations (4) Ou se succéderont Rouissage, teillage et écochage, Peignage, cardage, filage et bobinage. Cela demande un peu de temps. Puis vient le blanchiment, Une opération à faire scrupuleusement Et suffisamment, Avant la Grande Aventure de la Teinture. Et quand tout sera prêt, C’est à moi de chercher Des bouches à utiliser Comme métiers à tisser. La langue sera parfaite Pour faire une navette Que je pourrai passer – C’est évident ! – Dans le peigne des dents (5). Alors, comme une onde Se tissera « la Parole du Monde », Le Verbe Créateur Dont l’Amour est au cœur. Patricia _________________________ Notes (1) Deux techniques de tissage composent l’Art de la Lisse, utilisant deux métiers à tisser différents : le métier de haute lisse est composé de deux montants supportant deux cylindres mobiles (les ensouples), placées l’une dans la partie supérieure, l’autre dans la partie inférieure. Le tissage est ainsi réalisé à la verticale. Avec le métier de basse lisse, la chaîne se trouvant tendue sur un plan horizontal, le tissage se fait de façon horizontale. Voir ce site (2) Les deux parties du métier à tisser : l’un porte le fil de chaîne, l’autre enroule le tissu fabriqué. L’ensouple du haut porte le nom d’ensouple du ciel, celle du bas représente la terre. Ces quatre morceaux de bois symbolisent tout l’univers. (3) Le tissage est le résultat de deux sortes de fils : les fils de chaîne tendus sur le métier et provenant de l’ensouple. Ces fils sont disposés dans le sens de la longueur (ourdissage) et le fil de trame de couleur qui est passé à la navette entre les fils de chaîne. Ces fils de trame sont disposés dans le sens de la largeur (4) Ces opérations sont décrites dans la documentation fournie sur le Portail de « Pitre de la Chesnaie » (5) Evoque les mythes Dogons rapportés par l’ethnologue Marcel Griaule et sa fille, Geneviève Calame-Griaule

  • Innana et le mariage sacré

    Chaque année, dans ma cité d’Uruk, on célèbre le Mariage Sacré. Il s’agit d’un rituel de fécondité Par lequel la Grande Prêtresse, ma divine représentante, Va s’unir au Roi, le « taureau fécondant ». Par cet acte, il s’agit d’assurer à la cité, Abondance et prospérité, Tout en donnant au souverain sa légitimité pour une année. Après quoi, le Roi sera sacrifié pour la communauté. N’ayez crainte ! Il s’agit là d’une métaphore Pour dire que le blé dont la graine est enfouie, Devra être coupé lorsqu’il sera levé. *** Pour l’instant, je veux vous raconter Comment mon histoire est jouée, Chantée et même dansée, Afin que la hiérogamie – ainsi désigne-t-on l’union d’un humain et d’une divinité – Puisse être accomplie Dans une divine chorégraphie. *** Nous sommes au Printemps, Le jour du Nouvel An. C’est le temps des semailles et de l’allégresse, Celui d’une nouvelle jeunesse. Mon sanctuaire est en fête. En son centre, on a dressé deux trônes et une couche Sacrée. Sur cette dernière, des brassées de joncs frais ont été disposées, Recouvertes d’un couvre-lit en lin, spécialement confectionné. Au sol, des copeaux de cèdre, Parsemés ça et là pour exalter les sens Répandent dans l’atmosphère leur subtile fragrance. *** Amoureux sumériens Je suis prête, Incarnée dans le corps de ma Première Prêtresse. On vient de me baigner, me parfumer, me parer. J’attends le Roi, dans le rôle de mon amant Dumuzi. Le voici justement qui arrive. Il porte ses rituels atours avec, sur sa tête, la perruque couronnée. A mes pieds, il dépose les cadeaux dont ses bras sont chargés. Je suis séduite d’être ainsi célébrée. Des trônes nous sont offerts. Selon la liturgie établie, l’assistance entonne des chants d’amour dans un refrain scandé. L’époque est sans tabou et les mots sont directs : O mon Amant, cher à mon cœur, Le plaisir que tu donnes est doux comme le miel ! O mon Lion cher à mon cœur, Le plaisir que tu me donnes est doux comme le miel ! (1) De plus en plus puissantes, les voix s’élèvent vers les cieux, Tirant de leur transport des accents mêle-aux-dieux. Les lyres et les flûtes se mettent à jouer Invitant les prêtresses à danser pour les dieux. Alors le Serpent, transparaissant dans leur corps ondulant, S’enroule et se déroule Jouant avec leur voile qui vole et les dévoile. Du ciel à la terre et de la terre au ciel, l’onde d’amour circule. Le moment est intense. Transportée par la cadence, L’assistance bascule dans une transe-en-danse. Je me sens enfiévrée. J’entraine le Roi vers la couche Sacrée Pendant que le chœur continue à chanter : «Epoux laisse moi te caresser. Mes caresses sont plus douces que le miel. Dans la chambre nuptiale, laisse nous jouir de ta beauté généreuse. « Déesse, j’accomplirai pour toi les rites qui me confèrent la royauté. Je suivrai pour toi le modèle divin ». Alors l’invitation se fait plus claire et plus directe : « Viens labourer ma vulve, homme de mon cœur » ! *** Bientôt en grand émoi, J’attire le Roi vers moi. Nous échangeons des caresses, D’ivresse et d’allégresse. Ma vulve est labourée et la graine déposée. Mon corps-terre est comblé Et mon âme, embrasée. La végétation va pouvoir pousser. Je souhaite à mon Roi-Dumuzi Belle souveraineté et longue vie Et lui remets les royaux insignes, L’anneau et la baguette, Comme gage de l’union du féminin et du masculin Et pour lui signifier l'emprise magique qui le liera à moi (2). Bien sûr, j’y ajoute sa couronne et son sceptre. Par ce geste, je l’investis dans son viril pouvoir et le consacre Roi de statut divin. *** Qui donc sait encore que la monarchie « de droit divin » provient de ce rituel ancien ? Cette joie que j’apporte n’est pas que pour le Roi. Tout le monde y a droit. Ainsi, j’envoie ma fidèle servante chercher les hommes aux champs. Ils entonnent mes chants En cheminant jusqu’à mon temple, ce lieu sacré. Là, des Prêtresses d’Amour qui leurs sont réservées Vont les aimer Activant dans le cœur de ces fiers laboureurs, L’étincelle qui jaillit dans le ciel lorsque s’unissent les corps Et dont l’éclat perdure dans l’abondance de leur future récolte. Ces Prêtresses d’Amour, si dévouées à mon culte, Vos historiens les ont, moins joliment, nommées « prostituées sacrées ». *** De mes chants liturgiques, je n’ai livré qu’une parcelle. Le « Cantique des Cantiques » les reprend, en plus édulcorés. Inspirés par Celle qu’on a fini par oublier Et par Dumuzi, son bien-aimé, Ils n’évoquent plus que l’amour de Yahvé pour son peuple d’Israël Ou bien l’amour du Christ pour son épouse l’Eglise… Si je vous fait le récit du Mariage Sacré C’est qu’en chaque être je voudrais réveiller La vivante expérience de l’Amour transcendé. Patricia Voir aussi, en complément : Autre article sur Inanna : Innana et la descente dans le Monde d'En-Bas (1) Le Mariage Sacré de Samuel Noah Kramer (2) La symbolique des "Dieux lieurs" par Mircea Eliade

  • Innana et la descente dans le Monde d'En Bas

    Je descends dans l’obscurité de l’humanité… Je dois passer sept portes, toutes gardées par un portier Qui veille à ce que la règle antique soit respectée. A chaque porte, je dois décliner mon identité : « Je suis Inanna, de là où le Soleil se lève ! » Mais dans ce pays d’ombre, le portier n’en n’a cure, Et chaque fois, il me demande de me défaire d’une de mes parures. Je m’incline et lui laisse successivement ma couronne, mes bijoux de front, mon module de lazulite, mon collier, mes perles-couplées, mes bracelets, mon cache-seins et mon manteau royal… Et pendant tout ce temps, inexorablement, Je descends… je descends… Je suis le grain qui meurt et je suis la terre qui intègre le grain. Tandis que le portier me déshabille de mes enveloppes, Au cœur du grain, le germe se développe. Et si, d’une certaine façon, j’agonise, Progressivement, je me végétalise. Dépositaires de mes rituels, vos évangiles déclarent : « Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; Mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » Et toujours, je descends… Je descends… Mes sept étapes sont mon chemin de joie. Chacune d’elle me plonge en émoi Tandis que se dissout tout doucement mon « moi ». Ma descente devient danse décente Où je dévoile ma pudique nudité Tout en jouant avec mes voiles : Voilée… dévoilée… Je suis celle que vous voulez… Je suis celle que je suis… Je suis celle que vous voilez… Je suis celle que voilà… Et ma danse des sept voiles me fait voyager dans sept niveaux de conscience, Sept planètes, sept couleurs ou sept chakras, comme vous voilez… Où chaque fois, je laisse une vieille identité pour mettre à nu ma Vérité. Et encore, je descends… Je descends… Progressivement, je me rêve-Elle. Qui ça Elle ? Je sais qu’il est question de ma sœur d’ombre. De la matière originelle dont est faite la matrice profonde. Là où beauté et laideur extrêmes s’unissent et se confondent. Où fécondité et pourrissement, harmonieusement mêlés, Constituent ensemble un Processus Sacré. Où deux sœurs, de douceur et de force, d’Amour et de Guerre, de Lumière et d’Ombre S’offrent comme les deux faces d’une même entité. Ma descente est terminée. Me voici arrivée. Dans le Royaume des morts, Ereshkigal m’attend depuis longtemps. Nue, face à elle, dans le noir regard ma sœur d’En-Bas, C’est moi-même exilée que je vois dévoilée. En un instant, dans le miroir de ma profondeur mystérieuse, Je me réapproprie la part ténébreuse que l’on m’avait ravie. La déesse fragmentée, adaptée aux normes collectives, Dans la négation d’une force instinctive primitive, Retrouve soudain son entièreté. Sauvée des âges, je redeviens la déesse sauvage ! Alors, autour de moi, tout se met à danser : Il n’y a plus ni Inanna, ni Ereshkigal, Ni haut, ni bas, ni vie, ni mort, ni cosmos, ni chaos, Ni masculin, ni féminin, ni blanc, ni noir, ni passé, ni futur… Il n’y a que l’Instant Présent, La Grande Aventure de la Nature et son cycle des transformations. Naturellement, je me soumets. J’entends les Sept Juges du monde d’En-Bas m’annoncer leur sentence, Et je sens le regard de ma sœur pénétrer ma substance. Il me lit et me lie tandis que son cri me détruit. Je suis le grain qui meurt en rêvant à l’épi. La brillante Ereshkigal prit alors place sur son trône Et les Anunna, les Sept Juges, articulèrent devant elle leur sentence ! Elle porta sur Inanna un regard : un regard meurtrier ! Elle prononça contre elle une parole : une parole furibonde ! Elle jeta contre elle un cri : un cri de damnation ! La femme ainsi maltraitée fut changée en cadavre Et le cadavre suspendu à un clou ! Mon corps, en cadavre déshabité N’est plus que vacuité. Le clou est le croc du labour Qui pénètre ma terre en sa Source d’Amour. Dans mon obscure profondeur, L’écoulement sanglant est Lumière Tout autant que liqueur de douceur. Il répand sa semence En ma terre de clémence. A l’instant où je meurs, Voilà donc que j’épouse le Grand Taureau fécondateur ! Un échange subtil Vient de s’opérer En ma terre fertile. Je me sens unifiée… Trois jours et trois nuits – ou peut-être trois mois, je ne sais – Me seront nécessaires Pour vivre mes Mystères Selon le Processus Sacré de pourrissement… Patricia Descente dans le monde d'en bas d'Inanna

  • Tirésias et le mystère féminin

    « S’il existait dix parties désignant la puissance de la jouissance amoureuse, je dirais que la femme en possède neuf et l’homme une seule ». C'est ainsi que s'exprima Tirésias (1) lorsqu’il entendit Héra et Zeus se quereller pour savoir lequel des deux éprouvait le plus de jouissance en amour. Il faut dire qu’au cours de sa vie, il avait fait l’expérience des deux sexes (2) et donc, qui d’autre, mieux que lui, pouvait dire ce qu’il en était ? Mais on ne dévoile pas impunément le mystère féminin ! Furieuse d'être ainsi révélée, Héra frappa Tirésias de cécité. Mais Zeus, qui trouvait peut-être la punition exagérée, allégea celle-ci en accordant à l'aveugle le don de rendre des prophéties infaillibles ainsi que le pouvoir de comprendre le langage des oiseaux. Une autre version rapporte que le jeune adolescent aperçut la Déesse Athéna qui se baignait nue dans une source. Mécontente d’être ainsi surprise dans sa nudité divine, la Déesse lui couvrit les yeux de sa main, ce qui le frappa de cécité. Mais Chariclo, la mère de Tirésias et compagne favorite d’Athéna dans ses baignades, plaida si bien la cause de son fils, que la Déesse lui accorda finalement plusieurs dons. Elle purifia de ses oreilles afin qu’il puisse comprendre le langage des oiseaux. Elle lui donna un bâton de cornouiller pour le guider aussi bien que la vue pourrait le faire. Elle lui conféra le privilège de vivre sept générations. Et enfin et surtout, elle lui accorda le don de prophétie (3). Patricia (1) Tirésias était le fils d'Evérès, noble Thébain descendant d'Oudaéos l'un des “Hommes Semés” (les Spartes), et de la nymphe Chariclo. (2) Tirésias et l’expérience des deux sexes : Tirésias vit un jour deux serpents s'accouplant sur le mont Cithéron, ou sur le mont Cyllène, en Arcadie. Il saisit son bâton, les frappa et tua la femelle. Aussitôt, il fut transformé en femme, jusqu'à ce que, sept ans plus tard, il revît par hasard des serpents accouplés. Cette fois, il frappa le mâle et redevint un homme. Selon une autre version, il n'avait pas tué le premier serpent et ce fut le même couple qu'il revit la seconde fois. (3) Tirésias, le devin aveugle, est surtout connu pour avoir révélé à Œdipe qu'il était l'assassin de son propre père et l'époux de sa mère, Jocaste.

  • Kernunnos, le Dieu-Cerf

    Les Celtes et le patriarcat Nous sommes au troisième millénaire avant Jésus-Christ. Dans les plaines d’Europe centrale et de la Russie méridionale, on aperçoit au loin des cavaliers des steppes chevauchant leur monture. Un peuple nomade et pacifique qui va, là où leurs troupeaux de bêtes à cornes et de moutons les emmènent. Un peuple de connaissance qui utilise l’or, l’argent et le bronze, qui tisse la laine et fabrique des poteries. Un peuple organisé dont les familles sont regroupées autour du Père, et leurs tribus autour du Roi. Un peuple civilisé, dont la société se structure en trois classes : la classe sacerdotale, la classe de la noblesse guerrière et celle des producteurs. Un peuple dont les divinités sont masculines. Ce peuple d’indo-européens, ce sont les Celtes. Bientôt, ils sont condamnés à fuir les Huns, ces guerriers barbares venus d’Asie centrale. Alors, commence pour eux la grande migration vers l’Ouest qui les amène jusqu’en Gaule. Les constructeurs de mégalithes et le matriarcat Là, un autre peuple déjà en place les accueille. Un peuple dont on ne sait ni d’où il vient, ni qui il est au juste. Un peuple qui n’a pour tout outil qu'une hache de pierre et un levier de bois. Un peuple qui déménage d’énormes roches pour les aligner en files parallèles ou en former des chapelles funéraires et des allées couvertes. Un peuple puissamment hiérarchisé, discipliné et profondément religieux. Un peuple dont le culte est celui de la Grande Déesse, la Déesse-Mère qui, à l’image de la Terre, procède à toute vie mais aussi toute mort, dans un éternel cycle de renaissance. Ce peuple, ce sont les constructeurs de mégalithes qui seraient les héritiers des derniers Atlantes. La rencontre des dieux celtes et de la Déesse C’est ainsi que dieux celtes et déesses mégalithiennes apprirent à se connaître et à mélanger leur culture en un Tout harmonieux. Les premiers étaient Maîtres du Ciel, de la force guerrière, de la science, de la sagesse et de la magie. Ils portaient la barbe des Sages, s’équipaient d’une massue comme expression de leur force, d’un chaudron comme accessoire de transformation magique et quelquefois d’une harpe d’or pour jouer une musique divine. Ils faisaient alliance avec le Soleil et sa grande lumière… Les secondes étaient Maîtresses de la Terre et de l’ombre, des cycles de naissance et de renaissance et du temps cyclique. Elles avaient une hache pour trancher les questions divines, cohabitaient avec les serpents pour leur énergie tellurique, les cerfs pour leur énergie de renouvellement, les taureaux pour leur énergie de fécondité. Elles faisaient alliance avec la Lune qui manifestait l’ordre cosmique en présidant à tous les phénomènes périodiques comme les marées, la pluie, la germination des graines, le flux féminin… C’est dans ce contexte, que Kernunnos est venu nous conter son histoire à travers quelques bribes, gravées sur le chaudron de Gundestrüp [1]. Kernunnos Sage parmi les sages, assis en posture de yoga, Maître de la Nature, Kernunnos a intégré les animaux de la Déesse : des cerfs, des taureaux, des lions, un sanglier, un poisson, et même un serpent qu’il tient dans la main. Sa puissance est grande, symbolisée par la magnifique ramure de cerf qu’il porte sur sa tête. Il est l’époux de la Grande Déesse [2], la Terre-Mère. Il règne avec elle sur le monde du dessus comme dans le monde du dessous. Mais la Déesse va commettre un adultère. Ensemencée à l’automne, fécondée dans ses profondeurs hivernales par la force créatrice de Kernunnos, elle remonte chaque printemps à la surface de la Terre pour se préparer à accoucher d’une vie nouvelle en été. Elle délaisse alors complètement Kernunnos pour un autre dieu qui l'attire davantage. Il s'agit d'Esus [3], dont le travail de destruction connaîtra son apogée à l’automne. On dit que c’est à ce moment qu’une ramure de cerf pousse sur la tête de l’époux trahi. « Hou ! Hou ! Il porte des cornes », se moquent les les petits êtres de la nature. Ignorants que vous êtes ! Ne voyez-vous pas que Kernunnos arbore sur sa tête l’Arbre de la Connaissance, qu'il célèbre l'épanouissement glorieux du règne végétal, qu'il fait toute la fierté du règne animal avec sa splendide parure, et que ses deux antennes dressées font office de connexion avec le Ciel pour le règne humain, en même temps qu'elles délivrent un enseignement sur les cycles de renouvellement ? Sage Kernunnos ! Patiemment, il attend que son épouse infidèle achève de consommer son œuvre de destruction avec Esus et daigne reprendre sa place auprès de lui. Alors, il perd ses ramures et, régénéré en son sein par le cycle infini de tous les renouvellements [4], il continue de progresser comme Maître de la Nature pour s’élever peu à peu au-dessus de la vie animale et devenir un être libre. C’est lui, sans aucun doute, le premier Initié, l’élu entre tous. C'est lui qui donnera le ton aux rituels initiatiques du Roi-Cerf au cours desquels la force agressive masculine canalisée, commence à se transformer en amour. Le rituel du Roi-Cerf [5] Il y a bien longtemps de cela, dans les temps reculés où l’on vénérait encore la Déesse Mère sans qu’il soit encore trop question des dieux, le peuple, nourri de cueillette et de chasse, avait à sa tête une Reine toute puissante, la Mère de la tribu. Elle avait appris à appeler les cerfs, à les enchanter, à leur demander de mourir pour que continue de vivre la tribu. Mais tout sacrifice exigeant un autre sacrifice, il fallait en retour qu’un des hommes de la tribu offre à un cerf la possibilité d’échanger sa vie avec la leur. C’est ainsi que chaque année, au solstice d’été, un rituel était institué. Un homme brave était choisi. On lui mettait sur la tête les ramures d’un vieux cerf, on l’enveloppait d’une peau non tannée à l’odeur persistante et on le mêlait au troupeau de cerfs agressifs. Un combat s’engageait dont nul ne savait qui sortirait vivant. Longuement, vaillamment, l’homme-cerf combattait avec les autres cerfs. S’il mourait, c’est qu’il n’était pas digne de vivre puisque le cerf était meilleur que lui. S’il survivait, il était reconnu comme le plus fort et le plus courageux des hommes. Il devenait le Roi-Cerf, encore appelé le Grand Cornu, et il pouvait, pour une année seulement, devenir l’époux de la Reine, l’heureux représentant de Kernunnos. Lorsque son temps était écoulé, un remplaçant devait être choisi… De Kernunnos au Diable Depuis longtemps, les rituels païens liés à la nature n’ont plus cours. Un nouveau Dieu est venu, repoussant Kernunnos dans l’ombre. Les traits du Dieu-Cerf se sont peu à peu déformés. Son visage est devenu grimaçant. Ses magnifiques ramures se sont atrophiées. Et, comme il fallait bien un "bouc émissaire" pour endosser tous les péchés du monde, on dotera Kernunnos de cornes de bouc [6] et on verra en lui le Diable. Mais qui se souvient encore de Kernunnos ? Patricia [1] Chaudron d’argent découvert en 1891 dans un marécage du Jutland, près de la ville danoise d’Alborg [2] Le nom de la Grande Déesse n’est pas précisé dans l’histoire. Pourquoi pas Kerridwen ? [3] Esus est un dieu destructeur représenté abattant un arbre à la hache [4] Dans la nature, aussi, « les bois du cerf tombent en février et repousse de mars à septembre en comptant un andouiller de plus chaque année. Ils atteignent leur plein épanouissement au moment où toutes les forces de l’animal vont être consacrées après les luttes contre les rivaux à la fécondation des femelles. Son rôle de géniteur accompli, le mâle perd à nouveau l’ornement qui faisait sa fierté » Yann Brékilien [5] Inspiré par une description du livre « Les Dames du lac » de Marion Zimmer Bradley [6] Dans le tarot de Marseille de Nicolas Conver, le Diable a gardé ses antiques ramures de cerf.

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