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  • Le cerveau entérique

    Le second cerveau Dans son livre, « The second Brain» paru en décembre 1999, Michael Gershon, professeur au Département d’Anatomie et Biologie Cellulaire de l’Université de Colombia aux Etats-Unis, montre à quel point la prise en compte du rôle du cerveau du ventre est importante. Il y expose le cerveau intestinal en rassemblant les découvertes d’autres chercheurs britanniques et américains. Selon l’embryologie, les cellules nerveuses de l’intestin proviennent du même feuillet embryonnaire que celles du cerveau. A un moment donné du développement de l’embryon, des cellules nerveuses se séparent du cerveau principal pour migrer dans le ventre et former un Système Nerveux Entérique (SNE), dont l’étude du fonctionnement a aujourd’hui donné naissance à une nouvelle discipline : la neuro-gastro-entérologie. Le Système Nerveux Entérique a différentes fonctions, tant sur le plan physiologique que sur le plan biopsychique. Plan physiologique il est responsable de la propulsion du bol alimentaire, il est chargé de l’entretien et de la régulation du système digestif, il peut modifier le taux de prolifération des cellules des muqueuses intestinales, il innerve des organes associés et voisins comme le pancréas. Plan biopsychique il est en relation très étroite avec le système immunitaire, lequel participe au Soi, il est responsable de l’équilibre de notre psychisme. Les neurones du système nerveux intestinal (SNE) produisent les mêmes neurotransmetteurs que le cerveau principal. L’exemple le plus spectaculaire est celui de la sérotonine, un neurotransmetteur qui influence les états d’âme et qui est produit à 95% par les cellules nerveuses de l’intestin. D’après Michael Gershon, le cerveau intestinal serait capable de se souvenir ; il participerait à la phase des rêves pendant le sommeil en produisant de la sérotonine et constituerait vraisemblablement la matrice biologique de l’inconscient. Le système nerveux entérique se relète en miroir dans le système nerveux central et vice-versa. Ils communiquent constamment par le biais du nerf vague, mais sans perdre leur indépendance. Bonne coopération Selon le Dr Gershon, nos deux cerveaux, celui de notre tête et celui de notre ventre, doivent coopérer. Si ce n’est pas le cas, il se produit le chaos dans notre ventre et la misère dans notre tête. La région abdominale, généralement associée aux fonctions d’assimilation et d’élimination des aliments, est aussi associée aux fonctions d’assimilation et d’élimination des émotions. Notre cerveau entérique dans l’abdomen façonne nos émotions et, en retour, est affecté par ces émotions. Avec sa série de neurotransmetteurs, d’autres substances psychoactives endogènes, il a le pouvoir de donner naissance à du découragement ou de l’enthousiasme, de l’impuissance ou du plaisir, de la dépression ou de l’accomplissement. Doué de mémoire, notre ventre contient les archives de toute notre vie émotionnelle. Patricia

  • Kerridwen et le chaudron

    Kerridwen, la galloise Toute sorcière digne de ce nom possède un chaudron. Or, Kerridwen, guérisseuse des corps et des âmes, en avait un, immense, dans lequel elle préparait des remèdes, des philtres et potions magiques de toutes sortes. Pour elle, les plantes n’avaient pas de secrets. Comme toute sorcière qui se respecte, elle devait certainement connaître la Jusquiame, le Capuchon des Moines, la Morelle endormante qu’on appelle aussi Belladona, et bien sûr la Mandragore, cette plante dont on dit qu’elle a la vertu de faire voler les sorcières… Mais cela, l’histoire ne le dit pas… Toutefois, il est rapporté que, forte de toute cette Connaissance de la Nature, Kerridwen s’était donnée une tâche bien définie. Puisque son fils Afagddu était né doté d’une grande laideur physique, elle compenserait ce lourd handicap en lui donnant la connaissance des arcanes de l’Univers et des secrets de l’avenir. Pendant des années entières, elle rechercha la formule adéquate d’une potion magique qui lui confèrerait ces dons. Enfin, elle su qu’elle avait trouvé le breuvage idéal nommé « greal » qui serait composée de six plantes. Pourrait-il s’agir des plantes sacrées des druides, dénommées aujourd’hui « plantes de la St Jean », c’est-à-dire l’Achillée Millefeuille, l’Armoise, la Digitale, le Millepertuis, la Sauge et la Verveine ? Là encore, l’histoire ne le dit pas… Ce que nous savons par contre, c’est que chaque plante était cueillie selon des rituels sacrés, en fonction de la saison, de la lune et des énergies diffusées par les astres. Il est probable que Kerridwen les cueillait la nuit, certaines à la lune ascendante, d’autres à la lune descendante. Peut-être même les cueillait-elle nue, « revêtue du ciel », en fonction de ses cycles féminins. Mais cela, l’histoire ne le dit toujours pas… Gwyon, futur initié Les plantes du breuvage étant réunies, Kerridwen décida que celui-ci devait mijoter pendant un an et un jour. Un jeune garçon prénommé Gwyon fut choisi pour brasser régulièrement le mélange et surveiller attentivement la marmite dont la température devait être maintenue constante. Pendant ce temps, Kerridwen continuerait de battre la campagne pour collecter les plantes nécessaires. Une année s’était écoulée et Gwyon, fidèle au poste commençait à se sentir fatigué. Il ne restait plus qu’un seul jour. Pressé d’en finir avec sa tâche, il tourna un peu plus fort, si bien que trois gouttes giclèrent sur son doigt. Pour soulager la brûlure il mit son doigt dans sa bouche et goûta la mixture. En un instant, il acquit toute la science et la vision des choses à venir que Kerridwen destinait à son fils. Il réalisa aussi la toute-puissance de Kerridwen et en conçut une crainte. Et si cela se retournait contre lui ? Il préféra s’enfuir. Vivre les quatre éléments En effet, prévenue par son don de clairvoyance, Kerridwen accourait déjà. L’apercevant à ses trousses, Gwyon, grâce aux pouvoirs du chaudron, se changea en lièvre, expérimentant l’élément terre. Mais Kerridwen se changea elle-même en lévrier et allait l’attraper... Alors, Gwyon voulu expérimenter l’eau. Il se précipita dans la rivière et devint poisson. Mais Kerridwen se changea en loutre et continua de le pourchasser sous les eaux. Alors, Gwyon expérimenta l’air. Il pris la forme d’un oiseau et s’élanca vers le ciel. Mais Kerridwen se fit épervier et fondit sur lui... Alors, apercevant un tas de grains sur l’air des battages, Gwyon s’y laissa tomber et devint grain de blé, ne sachant pas que bientôt, il expérimenterait le feu. Mais Kerridwen se transforma en poule noire, et entreprit de gratter et d’éparpiller le blé. Elle trouva le grain de blé et, en femme dévorante tant redoutée, elle l'avala. Le chaudron de renaissance Kerridwen avait repris sa forme primitive et son ventre s’arrondissait. Nourri par la douce chaleur de son feu intérieur, un être nouveau mijotait dans son chaudron de renaissance. Que s’était-il passé au juste ? Tout comme le Dieu-grain féconde la Terre-Mère rendue fertile par son feu central, Gwyon-petite graine n’avait-il pas avait fécondé Kerridwen , la Triple Déesse ? Neuf mois furent nécessaire pour qu’un enfant magnifique vint au monde, si beau qu’il effaçait toutes les laideurs du monde, même celle de son fils Afagddu. L’époux de Kerridwen n’en sut jamais rien car, elle ficela l’enfant dans un sac de cuir et le confia aux flots. Kerridwen avait remplie sa tâche. Une autre vie attendait maintenant cet enfant qui, initié, devra changer de nom… Taliésin En ce premier jour du mois de mai, jour de Beltaine, grande fête celtique sacerdotale liée au Feu, Elphin, fils unique du roi Gwyddno était en train de pêcher dans son royaume situé au nord du Pays de Galles. Quel ne fut pas sa surprise quand les courants vinrent déposer une nacelle dans ses filets ! Un enfant se trouvait dans la nacelle. En extirpant celui-ci, il vit une étrange lumière qui éclairait son front. « Oh ! un front brillant ! je t’appellerai Taliésin (ce qui signifie « front brillant »), et je t’élèverai comme mon fils, s’écria le prince Elphin » « Tu ne le regretteras pas » répondit le bébé Taliésin, à la grande surprise d’Elphin qui n’en croyait pas ses oreilles… Taliésin était un enfant remarquable. Dès son plus jeune âge, il s’exprimait comme un adulte. Très jeune, ses dons exceptionnels fit de lui le Chef des Bardes et il fut nommé Taliésin Penbardd (Taliésin, le Chef des Bardes). Omniscient, il délivrait les secrets de l’Univers sous forme codée, à travers sa poésie et ses chants, selon la tradition orale druidique. Omnipotent, il avait un pouvoir de transformation que seul l’initiation à la Connaissance des secrets de la Triple Déesse peut conférer. Son poème « Le combat des Arbres (Câd Goddeu) », fait état de cette sensibilité permettant d’entrer dans l’essence même de toutes choses… Le combat des arbres J’ai revêtu plusieurs aspects, Avant d’atteindre ma forme naturelle, J’ai été le fer étroit d’une épée. J’ai été une goutte dans l’air. J’ai été une étoile scintillante. J’ai été un mot dans un livre. J’ai même été un livre au début. J’ai été une lumière dans une lanterne. Une année et demie. J’ai été un pont enjambant Trois vingtaines de fleuves. J’ai voyagé tel un aigle. J’ai été un bateau sur la mer. J’ai été un chef de guerre. J’ai été le cordon d’un lange d’enfant. J’ai été une épée dans la main. J’ai été un bouclier dans la bataille. J’ai été la corde d’une harpe, Retenue par un enchantement pour une année Au fond de l’eau écumante. J’ai été un tisonnier dans le feu. J’ai été un arbre dans un fourré. Il n’y a rien que je n’aie été. » Epilogue Un jour, alors que Taliésin marchait sur une plage, il rencontra un homme qui marchait dans la même direction. Taliésin qui le reconnut, alla au devant de lui : « Je te salue, Merlin, lui dit-il. Si je suis le témoin d’un ancien monde, Toi, tu es celui qui doit venir, le prophète et le magicien des temps passés, présents et futurs. La Triple Déesse celtique Kerridwen m’a nourri de son « greal ». Quant à toi, je le sais, tu enseigneras le Graal du dieu christique. Mais, entre nous, nous savons bien tous deux que chaudron et coupe ne font qu’un…» Et, comme deux compères, Taliésin et Merlin partirent d’un grand éclat de rire… Patricia N.B. Ce mythe celte, tiré de bribes rapportées par différents auteurs, est une composition personnelle, actualisée et enrichie des connaissances de la culture celtique, de façon à laisser transparaître, en filigrane, quelques éléments de compréhension possible. Voir aussi sur cette page de ce même site : Kerridwen et Taliésin d'après le livret du Barde de Syd.

  • La Création du Monde vue par le Renard

    J’ai rencontré un Renard… Il y a quelque temps de cela, dans la Forêt de Brocéliande, je surpris une conversation entre le Renard et le Petit Prince, à proximité de l’arbre sous lequel je méditais. – Si tu m’apprivoises avait dit le Renard au Petit Prince, je te confierai un secret. – Alors, je reviendrai chaque jour pour t’apprivoiser, avait répondu le Petit Prince, ce qui sous-entendait qu’il avait envie de connaître le secret. Je suis, moi aussi, revenue chaque jour et, cachée derrière mon arbre, j’ai tout écouté. Voulez-vous que je vous répète ce que j’ai entendu ? « Les humains sont un peu bêtes avait dit le Renard, sais-tu qu’ils cherchent le Graal dans la Forêt de Brocéliande ? Ah, s’ils savaient qu’il suffisait de manger un peu de soupe ! » Et le Renard était parti d’un grand rire… J’avais alors tressailli, car c’est bien ce que j’étais venue faire  dans cette forêt. Il était donc évident que je me sentais concernée au plus haut point. Mais que voulait dire le Renard avec sa soupe ? « Et si je créais un monde ?» Le Petit Prince, lui aussi, voulait en savoir plus. Alors, le Renard reprit : « Je vais te raconter la version officielle. Et je te raconterai, un autre jour, la version celtique où le personnage principal est remplacé par la Grande Mère Kerridwen ou Cerridwen. Un jour – il y a 15 milliards d’années de cela – Dieu, qui s’ennuyait dans le Néant,  fut saisit d’une idée géniale, laquelle le remplissait de jubilation : « Et si je créais un monde ? » s’était-il écrié dans le Vide, tout en souriant dans sa barbe (oui, oui, Dieu a une barbe, j’ai une photo !). Et l’écho lui avait répondu : « si je créais un monde…un monde…un monde… ? ». Il n’en n’avait pas fallu plus pour qu’il se mette à la tâche. Sans mot dire, le Petit Prince écoutait, fasciné… Un poil dans la main « Donc, Dieu arracha l’un des poils de sa barbe et, avec cet unique poil, contenant son ADN, il se dit qu’il pourrait bien faire des boutures… Il paraît que les humains appelle cela des clones, ajouta le Renard. Mais il lui fallait une éprouvette et il n’en avait pas. Alors, il disposa ses mains en coupe et y plaça son poil de barbe, d’où l’expression un poil dans la main. Mais curieusement, ses mains se mirent à chauffer, à chauffer… Une brume s’en dégagea et, tandis qu’à l’intérieur des mains, le poil s’était consumé, il apparut à la place un liquide incandescent, bouillonnant, incroyablement chaud et rouge comme de la lave. Pourtant, les mains de Dieu n’en semblaient pas affectées le moins du monde. » La coupe cosmique « C’est alors qu’il se passa quelque chose d’extraordinaire. Dieu écarta ses mains pour en dégager une coupe admirablement façonnée. Mais ce n’est pas tout ! Il lui donna ensuite une impulsion pour la retourner dans l’autre sens afin qu’elle déverse son contenu dans le Néant. C’est à ce moment là que le temps a commencé à s’écouler… » Dieu « planqué » au-delà du temps « Car, j’ai oublié de te dire, Petit Prince, avait ajouté le Renard, qu’avant ce moment là, il n’y avait pas de temps mais un espèce de mur infranchissable en deçà duquel certains  scientifiques disent qu’on ne peut accéder, car c’est de la pure information. Ce mur temporel, ils l’appellent : le temps de Planck, du nom de celui qui l’a trouvé. » Le Petit Prince, qui voulait toujours en savoir plus, demanda : –          Mais avant le temps de Planck, où était Dieu ? –          Oh, à mon avis, dit le Renard, il était sûrement planqué quelque part… mais, si tu veux bien, continuons notre histoire… « Donc, avec la coupe retournée, le liquide incandescent s’écoulait dans le Néant… Curieusement, tout en s’écoulant, il se solidifiait et devenait matière, formant un réceptacle de forme similaire mais plus grossier. En fait, la coupe d’en bas n’était autre que l’ombre projetée, devenue matérielle, de la coupe d’en haut et on devinait que toutes deux devaient pouvoir s’emboîter parfaitement. La coupe d’en bas n’était autre que  la moitié visible de l’oeuf cosmique. Bref, Dieu disposait maintenant d’un chaudron et il était prêt à commencer une drôle de cuisine…  Veux-tu quelques éléments de la recette ? » Gravement, le Petit Prince acquiesça… « Le poivre est l’élément important, reprit le Renard. En effet, un grain de poivre, jeté dans le chaudron, avait provoqué à Dieu un gigantesque éternuement. Les spirituels appellent cela le Souffle Divin et les scientifiques le Big Bang. A la suite de cet événement, des ingrédients apparurent magiquement dans le chaudron et celui-ci, en se remplissant, grandissait… grandissait… Il grandit toujours à l’heure actuelle et les scientifiques, dont les mots savants sont l’apanage, disent que l’Univers est en expansion… » Des grumeaux dans la soupe –        Mais c’est une soupe magique, s’exclama le Petit Prince ! Je comprends pourquoi j’ai vu écrit MAGGIE sur certains sachets ! « Le chaudron était encore très chaud, reprit le Renard, sans relever cette réflexion incongrue. Quand il commença à refroidir, Dieu vit qu’il y avait des grumeaux dans la soupe. Les scientifiques appellent cela des galaxies. » –        Et ensuite ? Et ensuite ? dit le Petit Prince qui trouvait que le Renard se perdait un peu dans les détails… « Ensuite, reprit le Renard tranquillement, Dieu touilla la soupe dans le chaudron cosmique et certains grumeaux éclatèrent, s’agglutinant en sous-ensembles qu’on appelle systèmes solaires. Des noms ont même été donnés à chaque élément de ces sous-ensembles comme, par exemple : Soleil, mercure, Vénus, Mars, Terre… » Un judicieux assaisonnement –        Alors le Graal qu’on recherche dans la Forêt de Brocéliande, c’est quoi finalement ? demanda le Petit Prince qui ne perdait pas le fil de l’histoire. –        Attend un peu, dit le Renard. Je continue… « Dieu a goûté la soupe cosmique mais il trouva qu’elle n’était pas assez relevée. Alors, il inventa une nouvelle recette qu’il l’expérimenta sur la planète Terre. Il rajouta quelques ingrédients : une pincée de Terre, un soupçon d’Air, une once d’Eau et mit le tout sur le Feu. Peu à peu, on vit apparaître des yeux dans cette nouvelle soupe. C’étaient de drôles de bestioles qu’on appelle des  bactéries et dont nous sommes tous originaires. Les hommes appelleront cette recette “soupe primitive” » Une infinité de recettes –        Sois plus clair ! insista le Petit Prince qui trouvait que la recette de cuisine cosmique finissait par devenir comique à force de se compliquer… –        Eh bien, Dieu n’a cessé de faire évoluer les recettes avec de multiples variantes. Les yeux dans la soupe ont grandi, se sont recouverts d’écailles et se sont mis à nager, puis ils se sont aventurés en rampant hors du chaudron, certains se sont envolés, d’autres se sont munis de fourrure comme moi, et d’autres sont devenus des drôles de petits bonshommes, comme toi… La soupe de l’UN « Bon, c’est pas le tout, dit le Renard au Petit Prince, on se la mange cette soupe ? » Puis, comme s’il avait toujours su que j’étais là, le Renard vint me chercher à l’ombre de mon arbre pour m’inviter à partager avec eux la soupe de l’UN*…  Je su alors que le Petit Prince l’avait apprivoisé. * Soupe de l’UN : Rajouter quelques cuillerées de graines de lin fraichement  moulues dans la soupe est d’un très grand bénéfice pour le coeur ! Voir article “les atouts de la petite graine de lin”.

  • La légende de Mélusine

    Repris sur ce site Le roi Hélinas d’Albanie rencontre une belle inconnue au bord d’une fontaine, et elle accepte de l’épouser pourvu qu’il lui promette de ne pas la voir pendant ses couches. Celle-ci, Pressine, met bientôt au monde trois filles : Mélusine, Mélior et Palestine. Mais Hélinas ne peut s’empêcher d’entrer alors qu’elle les baigne. Aussitôt, Pressine s’enfuit avec les bébés, et gagne l’île d’Avalon. Ayant grandi, les trois soeurs apprennent la faute de leur père. Elles décident de le punir en l’enfermant sous une montagne. Pressine, qui n’avait sans doute pas oublié Hélinas, ne peut rien changer à leur geste, mais, furieuse, elle punit à son tour ses filles : Mélior sera condamnée à garder un épervier dans un château d’Arménie ; Palestine sera enfermée dans le mont Canigou, avec le trésor de son père ; et Mélusine se transformera tous les samedis en serpente “du nombril en aval” et ne pourra échapper à cette malédiction qu’en épousant un homme qui accepte de ne point la voir en cette situation. Raimondin, dont le père, le comte de Forez, avait lui aussi rencontré une fée au bord d’une fontaine, est élevé chez son oncle, le comte de Poitiers. Hélàs, Raimondin le tue accidentellement au cours d’une chasse au sanglier. Eperdu de douleur, il erre à l’aventure à travers la forêt de Coulombiers. C’est ainsi qu’il parvient à une fontaine où se tenaient “trois dames de grand pouvoir”. Tout à sa peine, il ne les remarque pas, mais Mélusine quitte ses compagnes, vient vers lui et arrête son cheval. Il est immédiatement ébloui par sa beauté. Elle l’appelle par son nom, et lui promet bonheur et prospérité s’il l’épouse. Il devra seulement ne jamais chercher à savoir, ni révéler à quiconque où elle va et ce qu’elle fait le samedi. C’est ainsi que Raimondin va devenir le plus puissant seigneur du Poitou. Les noces sont somptueusement célébrées. Près de la fontaine où ils se sont rencontrés, Mélusine édifie le château de Lusignan. Et elle donne naissance à dix fils, dont les huit premiers sont porteurs d’une tare physique. Mais aucun nuage ne vient pour autant ternir le bonheur et la prospérité du couple … Jusqu’au jour où le frère de Raimondin insinue des choses sur les activités de Mélusine le samedi. Raimondin, bouleversé, ne peut s’empêcher de rejoindre le bas de la tour où elle s’est enfermée. De son épée il perce un trou dans la porte, et il découvre sa femme prenant son bain, ” jusquà la taille, blanche comme la neige sur la branche, bien faite et gracieuse, le visage frais et lisse. Certes on ne vit jamais plus belle femme. Mais son corps se termine par une queue de serpent, énorme et horrible. “ Le pauvre homme, pris de frayeur, se signe. Mais, très vite, il rebouche le trou. Il retourne auprès de son frère et c’est contre lui qu’il rejette sa fureur. Il déclare Mélusine irréprochable, et le met à la porte du château. Mélusine, de son côté, feint de ne s’être aperçue de rien, et la vie continue comme avant … Jusqu’au jour où un de leurs fils, Geoffroy la Grand’Dent, incendie sauvagement l’abbaye de Maillezais, avec les moines qu’avait rejoints son frère Fromont. Raimondin, horrifié, voit là le signe du caractère diabolique de sa femme, et il ne peut s’empêcher de la traiter en public de “très fausse serpente”. C’en était trop, le serment était rompu. Mélusine saute par la fenêtre. Elle redevient serpente, et s’envole. ” Elle fait trois fois le tour de la forteresse, poussant à chaque tour un cri prodigieux, un cri étrange, douloureux et pitoyable. “ Raimondin ne l’a jamais revue. Mais on dit qu’elle revint nuitamment allaiter ses deux derniers fils qui n’étaient pas sevrés. Et qu’elle se manifeste, en criant, chaque fois que la mort va toucher sa descendance, ou que son château s’apprête à changer d’occupant.

  • Kerridwen et Taliesin

    La légende de Taliesin d’après Le livret du Barde de Syd : Il était une fois, et il n’était pas, en pays de Pennlyn, terre du souverain Tegid Voel Le Chauve, une femme d’une grande beauté, pleine de talents et de grands savoirs sur les choses secrètes. Cette femme avait pour nom Cerridwen (ou Kerridwen) est était l’épouse même de Tegid Le Chauve. De leur union naquirent trois enfants, Creiwyl une enfant magnifiquement belle comme sa mère, Morvran et AfangDu l’enfant le plus laid du monde. C’est pour sa laideur que Kerridwen semble le chérir plus que les autres, c’est pour sa laideur qu’elle cherche les magies les plus fortes, les filtres les plus secrets. Cet enfant laid lui hante le cœur et, son amour pour lui désire le sauver de son infortune. A force de quête Kerridwen trouve enfin le moyen de compenser la laideur de l’enfant par la possibilité d’acquérir le savoir primordial. A cet effet elle prépare le chaudron de la connaissance et d’inspiration qui doit bouillir durant une année et un jour.. Elle sait, que trois gouttes de ce breuvage donné à l’enfant seront pour lui l’inspiration divine, celle qui illumine l’âme, promet tous les savoirs et tous les dons. Son fils alors n’aura plus à rougir de sa laideur puisque la beauté de l’âme lui sera donnée. Le temps passant à faire bouillir le breuvage la Reine met à sa surveillance un jeune homme du nom de Gwyon Bach, ainsi qu’un vieil aveugle du nom de Mordra. Ils doivent ensemble veuillez à ce qu’il y ait toujours du feu sous le chaudron et que le liquide ne déborde pas. Ainsi font-ils, car Kerridwen, tout aussi belle soit elle peut avoir de terrible colère. Une année est passée, le cycle rond du temps a bientôt fermé sa boucle et le temps du breuvage arrive pour Afgdu. Ce jour là Kerridwen est en quêtes d’herbes et de plantes magiques. Gwyon et Mordra discutent et discutent tant qu’ils ne voient pas le breuvage gonfler, buller de plus en plus, comme une grosse soupe enfin trop chaude qui pouffe des vapeurs. Trop tard, le liquide jailli, saute, éclabousse tant et si bien que surpris Gwyon n’ayant pas eu le temps de s’écarter s’y brûla la main. La douleur est terrible, le feu, le chaud est là, l’instinct porte sa main à la bouche. Trois gouttes de magie le touche tout entier, pénètre par sa bouche. La lumière, la chaleur l’envahit tout entier comme un soleil nouveau, Gwyon est ébahi, choqué : n’a t-il pas bu là les trois gouttes réservées à Affgdu ? Et Gwyon, la tête soudain remplie de savoir, sait, voit, comprend la colère de Kerridwen . : il doit fuir ! La colère de Kerridwen fut terrible, elle cria, hurla, frappa la terre de ses talons, frappait tous ceux qui passait à sa portée, elle n’épargna pas Morda. On l’entendit jusqu’au bout des plaines, en haut des montagnes, le long des rivières du royaume. Ses larmes se mélangeaient à ces cris et tous tremblaient en l’entendant. Ivre de rage et de chagrin la Reine parti à la recherche de Gwyon pour le châtier. Terrifié, l’enfant se cachait, entendit les cris, les menaces professées dans la colère. Alors qu’il entendait son pas plus proche, faisant appel à sa sagesse toute neuve, il se transforma en lièvre espérant courir si vite qu’elle ne pourrait le rattraper. Peine perdue Kerridwen était bien savante elle aussi des choses de magie et elle se transforma en lévrier. Ainsi elle courrait aussi vite, plus vite et l’approchait toujours plus. Prenant son élan Gwyon se change en poisson et Kerridwen devient loutre, Gwyon oiseau Kerridwen faucon. Toujours armé de son pouvoir de métamorphose Gwyon devenant grain se cache dans un tas de blé. Kerridwen devint immédiatement poule noire et avale les grains et par là – même Gwyon. A l’aube d’un autre jour la Reine voit la grosseur de son ventre. Alors que son mari Tegid Le Chauve est parti combattre les pirates Gaëls et établir des fortifications le long des côtes, elle comprend immédiatement ce qui lui est arrivé. Cet enfant qu’elle attend ne peut être que le jeune Gwyon, la graine qu’il était devenu et qu’elle avait avalée, et se prépare à une deuxième naissance. Kerridwen , le jour venu, va seule mettre au monde l’enfant. Cet enfant est tellement beau que lorsque ses yeux croisent les siens, elle ne peut se résoudre à l’éliminer afin de le cacher aux yeux du monde, et lui construit une sorte de couffin tressé en joncs et en mousse qu’elle confie à la bienfaisance des eaux d’une rivière qui, loin de là, va mélanger ses eaux à celles de l’océan… Neuf jours et neuf nuits durant, Gwyon fut ballotté au gré des flots mais sans jamais pleurer. Il n’éprouva ni la faim, ni la soif, car l’eau de la pluie prenait soin de le désaltérer et de tous petits poissons de sauter hors de l’eau pour rejoindre directement sa bouche. Au soir du dixième jour il arriva en vue d’une terre, celle du roi Gwyddno, connu pour posséder l’une des treize merveilles du royaume, un filet qui, chaque soir qu’il est mis à l’eau, rapportait suffisamment de poisson pour nourrir toutes les bouches du clan, et même plus. Gwyddno avait un fils, Elfin, un des garçons les plus malheureux et infortunés qui soient, et qui, ce soir-là, avait par son père été chargé de relever le filet, afin de lui porter chance. Habitué à son infortune il ne fut pas surpris lorsqu’il releva le filet et qu’il n’y trouva que le couffin tressé et aucun poisson. Dans ce couffin, il y vit Gwyon, et Elfin fut si ébloui par sa beauté qu’il le nomma Taliesin et repris courage et ardeur en revenant chez lui. Son père, s’il commença par se lamenter de ce qu’Elfin n’avait rien pêché pour nourrir le clan, fut lui aussi sous le charme quand il vit le bébé. Et il le fut plus encore lorsque rassasié et réchauffé, le bébé entreprit de leur conter son histoire, celle de Gwyon Bach et Kerridwen, et ce, sous la forme d’un chant aux sonorités parfaites. Puis Taliesin prit la parole : ”Grand merci à toi, Elfin, de m’avoir ainsi recueilli et accueilli. Entend maintenant que tu ne le regretteras pas car je suis Taliesin et si bientôt mon nom brûle parmi les innombrables étoiles du ciel, crois bien que je ne serai pas ingrat et que tu trouveras avec moi une récompense à la hauteur de ta gentillesse”. Taliesin passa quatre années dans la maison d’Eflin, quatre années qui le virent passer d’enfant, au jeune homme qu’il est aujourd’hui au grand émerveillement des gens du roi Gwyddno. Tout ce temps, il s’appliqua à égayer son bienfaiteur qui, de timoré et voûté qu’il était, devint peu à peu un homme de compagnie agréable et de bonne conversation. Vint un jour d’automne où Elfin les quitta, ayant été invité par son oncle Maelgwin Gwynedd à séjourner sur ses terres, à Degawny. Alors qu’il se trouvait là-bas, en compagnie des hommes de son oncle, à recevoir le boire et le manger, tout en écoutant les bardes chanter la gloire de ce dernier, Elfin, à qui la boisson avait fait perdre un peu la tête, se vanta d’avoir barde plus talentueux et femme plus fidèle que quiconque à Degawny. Son oncle, entra dans une colère rouge, le fit jeter en prison, puis envoya Rhun, son fils illégitime, un jeune homme d’une beauté à laquelle aucune femme ne résistait, avec pour mission d’aller séduire la femme d’Elfin. Mis au courant de tout le stratagème, Taliesin, alla trouver sa protectrice pour tout lui raconter et lui proposer de la remplacer par une servante qui endosserait ses vêtements et ses bijoux. Rhun coucha donc avec la servante et, au petit matin, lui trancha le doigt qui portait l’anneau d’Eflin, avant de s’enfuir en direction de Degawny. Là, on fit sortir Elfin de prison pour lui montrer la preuve de l’infidélité de son épouse. Il répondit : ” Ah !! Ce doigt est trop petit, son ongle est sale, et il porte encore les traces du pétrissage du seigle, ce ne peut être celui de ma femme !! ” Maelgwin, furieux, fit remettre Elfin en prison, sous les yeux de Taliesin, car il avait suivi Rhun en secret lorsqu’il s’était enfui. Plus tard dans la soirée, et sous la conduite d’Heinin leur chef, les trois bardes de Maelgwin se préparèrent à chanter pour apaiser le courroux de leur roi. Mais Taliesin leur avait joué un tour à sa manière, et ne sortirent de leurs bouches graisseuses que des ” bleub bleub ” maladroits et autres sons grotesques. Puis Taliesin s’avança, fit connaître à tous sa présence, et, pour mieux confondre les bardes de Maelgwin, se mit à chanter avec une telle force que son chant déclencha une tempête qui s’apaisa aussitôt les dernières notes retombées. Maelgwin, reconnaissant alors qu’il surpassait tous ses bardes et probablement tous ceux du royaume, fit amener Elfin dont il fit tomber les chaînes. L’oncle et le neveu désormais réconciliés, Taliesin conseilla à Elfin de prétendre qu’en plus de la femme la plus fidèle et du barde le plus talentueux, il avait également le cheval le plus rapide, ce qu’il fit. Trois jours plus tard, une course était organisée et Taliesin alla trouver le coureur de Elfin et le muni de 24 branches de houx brûlées en lui donnant pour instruction d’en frapper chaque cheval qu’il dépasserait avant de jeter son manteau là où le sien ferait un faux pas. Ainsi fut fait et après qu’Elfin eut remporté la course, Taliesin l’emmena là où était tombé le manteau en lui conseillant de creuser à cet endroit précis. Il y trouva un chaudron remplit d’or et, s’étant acquitté de sa dette, lui ayant établi considération et richesse, Taliesin quitta Elfin.. C’est ainsi que Taliesin parcouru les terres du monde pour y trouver le sujet de nouvelles chansons et parfaire sa connaissance en toute chose. Voir aussi : Kerridwen et le chaudron

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