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  • Photo du rédacteurPatricia Buigné

Le Sîmorgh ou l'oiseau-roi

Une plume au vent

 

Tout commença par une plume. Voilà donc l’histoire.

Il y a bien longtemps de cela, quelque part dans le monde,  une plume, portée par le vent, voleta jusqu’à terre. Oh, ce n’était pas une plume ordinaire ! C’était une plume comme on en avait jamais vu nulle part, dont la seule vue faisait générait dans le cœur un émoi indescriptible. A tel point que tous les oiseaux du ciel décidèrent de tenir une conférence pour percer le secret de cette plume. « Cette plume, finit par dire l’un d’eux, ne peut être que celle d’un roi ! Et d’ailleurs, comment se fait-il que nous n’ayons pas roi ? »  Ils en était là dans leur réflexion, lorsque la Huppe fit son entrée.

 

La Huppe couronnée

 

La Huppe était un oiseau très respecté, car elle portait sur la tête la couronne de la vérité. On disait qu’elle connaissait tous les secrets du monde et elle était vénérée pour sa grande sagesse. Elle regarda la plume et dit :

« Cette plume est en effet celle d’un roi dont le nom est  Sîmorgh. C’est un roi au rayonnement extraordinaire, un roi d’amour et de lumière… Il est dit que quiconque l’aperçoit, même fugitivement, s’en trouve à jamais transfiguré ! Son Royaume, ajouta-t-elle, s’étend derrière la montagne du Qâf. C’est un lieu inaccessible, protégé par de nombreux voiles d’obscurité et le chemin pour s’y rendre est bien difficile. »

Ainsi parla la Huppe.

 

Le grand départ

 

L’agitation était grande parmi les oiseaux qui l’écoutaient. Cent mille d’entre eux décidèrent d’entreprendre le voyage. Comme il leur fallait un guide, la Huppe fut tout naturellement désignée. Puis, ce fut le grand départ qui les amena jusqu’à l’entrée du sentier qui devait les conduire au Sîmorgh.

 

Les sept vallées

 

La Huppe avait expliqué qu’ils devraient traverser sept vallées.

 

1. Ils entrèrent dans la première vallée qui portait le nom de vallée de la Recherche.  C’était un désert redoutable où il leur fallait vaincre la soif, la fatigue et la peur. Nombreux furent les oiseaux qui abandonnèrent et rebroussèrent chemin.

2. L’étape suivante, la seconde vallée, était la vallée de l’Amour. La Huppe avait expliqué que c’était une vallée de feu et que, pour la traverser, il fallait devenir feu et amour à la fois, tout en se libérant de la prison des passions et des désirs. Tous les oiseaux ne purent y entrer. D’autres qui y entrèrent s’y consumèrent.

3. La troisième vallée était la vallée de la Connaissance. C’est ici, avait dit, la Huppe, qu’on pénétrait dans le cœur des mystères. C’est vrai que c’était une vallée bien déroutante, sans commencement, ni fin, où chaque fois que l’on croit détenir une vérité, on s’apercevait qu’elle n’était qu’illusion qui éloignait toujours plus du but.

4. Ensuite vint la vallée de l’Indépendance. A cet endroit, soufflait un souffle glacial qui détruisait toutes les prétentions, même spirituelles, les réduisant à l’humilité d’un grain de sable. De nombreux oiseaux restèrent prisonniers de cette vallée.

5. Dans la cinquième vallée, la vallée de l’Unité, les oiseaux découvrirent qu’ils n’étaient que des représentations multiples d’un unique visage. Perdre son individualité pour se fondre dans l’Unité est une difficile expérience. Beaucoup d’oiseaux n’y résistèrent pas.

6. Lorsque, toujours accompagnés de la Huppe, ils entrèrent dans la sixième vallée, celle de la stupeur, les oiseaux furent envahi d’une grande tristesse tant ils ne savaient plus qui ils étaient, ni même s’ils existaient. Beaucoup y succombèrent. Pour d’autres l’expérience même de cette non existence leur fit apparaître l’essentiel…. A ceux-là, il était permis d’entrer dans la septième vallée.

7.La septième vallée était celle du Dénuement et de la Mort. Là, les attendait l’ultime révélation… A cette étape, ils n’étaient plus que trente oiseaux, aux ailes déchirées, aux plumes arrachées, fatigués et abattus, le cœur brisé, l’âme affaissée…

 

Le Sîmorgh

 

Trente oiseaux, donc, conduits par la Huppe, étaient ainsi entrés dans le Royaume du Sîmorgh. Epuisés, ils cherchèrent vainement le Roi, mais ne trouvèrent que le serviteur qui les chassa, leur disant que le Sîmorgh n’avait pour eux qu’indifférence. Ils restèrent cependant, attendant patiemment que l’heure soit venue. Un jour enfin, le serviteur finit par leur ouvrir la porte du palais du Roi. Le cœur battant, ils entrèrent et furent éblouis…par des milliers de soleils. Puis les soleils devinrent comme des miroirs dans lesquels ils crurent voir le Sîmorgh.

Mais la Huppe leur dit :

« Le soleil du Sîmorgh est un miroir, celui qui vient s’y voit dedans, il y voit son âme et son corps, il s’y voit tout entier. Le Sîmorgh, mes amis, n’est autre que chacun de nous. Anéantissez-vous dans ce miroir glorieusement, délicieusement, afin de vous retrouver en lui ».

 

Et les oiseaux, en effet, s’anéantirent à jamais dans le Sîmorgh. L’ombre se perdit dans le soleil. Et ce fut tout.

Patricia


Note : Ce très beau conte est une adaptation très résumée du magnifique ouvrage de Farid-ud-Dîn’Attar « Le langage des oiseaux », Editions Albin Michel, livres de poche.

Farid-ud-Dîn’Attar est un poète persan (aujourd’hui l’Iran) qui a vécu de 1119 à 1190. Il était également médecin et pratiquait la pharmacie. Il a fait parti du grand courant mystique dans la tradition spirituelle Soufi de l’Ecole d’al-Hallâdj.

 

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